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Culture

Cathédrale d’Alès : les 48 toiles marouflées en pleine restauration

Douze restaurateurs marseillais et parisiens travaillent à la renaissance des toiles peintes du XIXe siècle, particulièrement abîmées par le temps.

Le chantier de restauration de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste d’Alès n’en finit pas de révéler, au fil des mois, son caractère exceptionnel. Depuis avril 2018, une équipe de douze restaurateurs s’attellent à rénover 100 m2 de toiles marouflées1 dans des ateliers de
Marseille et de Paris. L’Histoire retiendra que cette partie du chantier tient surtout du sauvetage, voire de la résurrection de l’œuvre du peintre Antoine Sublet, si spécifique sur la cathédrale d’Alès.

« L’état de dégradation des toiles est extrême. Il en manquait plusieurs sur les murs de la cathédrale. Celles encore fixées se décollaient… Elles ont beaucoup souffert de l’humidité et des sels », décrit Laure Van Ysendyck, responsable de l’équipe de restaurateurs indépendants.

1 – Une toile marouflée est réalisée en atelier, puis collée sur un mur à l’aide d’une colle, la maroufle, souvent additionnée de céruse, un adjuvant au plomb couramment employé à cette époque.

© Laure Van Ysendyck
©Studio GUICHARD

© studio GUICHARD

Les restaurateurs ont entrepris un travail de sauvegarde sur des toiles marouflées très abîmées. Après un mois passé sur chaque toile, la restauration et la reconstitution des toiles redonnent vie à l’œuvre d’Antoine Sublet.

Comme des fresques italiennes

C’est d’autant plus important de sauver ces œuvres que leur facture est tout à fait inédite. Elles présentent une exécution proche des fresques italiennes, faite de fondus très légers de matière, ce qui n’est pas courant dans la peinture à l’huile. « Antoine Sublet, le peintre, a fait des rehauts de lumière à la dorure sur tous les décors, par petits traits, précise Laure Van Ysendyck. Le dessin est très présent du fait de la finesse de la couche picturale ». Et d’ajouter : « Les lignes de construction et les repères sous la peinture sont même visibles. »

Si les scènes peintes d’Antoine Sublet, un artiste très religieux, se retrouvent d’un édifice à l’autre, la technique employée à Alès est, quant à elle, plutôt rare chez les peintres d’église du XIXe siècle. Les restaurateurs ont engagé un véritable travail d’orfèvre pour rendre aux œuvres leur aspect d’origine.

La restauration des toiles marouflées, étape par étape

«Nous ne sommes pas des artistes, mais des techniciens », insiste Laure Van Ysendyck, responsable de l’équipe de restaurateurs. Chaque toile demande environ un mois de travail. Les 48 œuvres sont retouchées à l’aquarelle afin de pouvoir intervenir à nouveau plus facilement si nécessaire.

Traitement de conservation
  • 1. Dans un premier temps, la couche picturale est refixée sur la toile afin d’éviter de perdre de la matière, puis elle est protégée par un papier japon.
  • 2. Le revers de la toile est ensuite consolidé aux endroits les plus abîmés. Les restes de colle (la céruse au plomb) sont poncés sous protection bâchée.
  • 3. Un tissu synthétique est ajouté pour créer des “bords de tension” afin de tendre la toile, résorber ses déformations et la mettre bien plane.
  • 4. Les manques de céruse sont comblés grâce à un ragréage, ce qui redonne de la rigidité à la toile. Une toile polyester est ajoutée pour intégrer l’œuvre au mieux sur le décor final et pour pouvoir la retirer facilement. Il faut penser aux interventions futures…

© studio GUICHARD

Restauration de la couche picturale
  • 5. Le papier japon est retiré de la toile afin de réaliser le nettoyage. Il s’agit ici surtout d’un décrassage, car la couche picturale présente un écaillage prononcé et doit être traitée avec délicatesse.
  • 6. Les insuffisances de matière sont comblées. La retouche commence. L’œuvre renaît sous les pinceaux des restaurateurs dans le respect le plus strict de l’auteur. Il ne s’agit pas forcément de masquer le vieillissement des peintures.
  • 7. Un dernier travail de finition sera effectué dans la cathédrale d’Alès, lors de la pose des œuvres restaurées, fin 2019.
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Appel à témoins

Les restaurateurs ont besoin  de votre aide. Certains décors  ont été particulièrement  abîmés, d’autres ont  quasiment disparu… C’est le  cas pour les cartouches de l’arc double ouvrant le chœur, côté  Est.

Peut-être avez-vous dans  vos albums, des photos montrant la partie manquante  de ces éléments peints, prises  lors d’un mariage, d’une  messe, … Toute trace permettant de reconstituer au plus près la  réalité historique serait d’une aide précieuse  pour l’équipe de Laure Van  Ysendyck.

laure.vanysendyck@free.fr
tél. 06 62 17 20 68

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© Laure Van Ysendyck

En chiffres

  • 48 toiles.
  • 100 m2 d’œuvres.
  • 1875, l’année de création
    par Antoine Sublet.
  • 12 restaurateurs, 3 ateliers
    (Marseille et Paris).
  • 18 mois de travail.
  • Livraison fin 2019.
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© studio GUICHARD

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