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Vie quotidienne

Après le choc, le rebond ou comment la collectivité et ses partenaires se préparent à la sortie de crise

Hoilid Lamssalak, dirigeant de RisCrises, un bureau d’études alésien spécialisé dans la prévention et la gestion des risques et Christophe Rivenq, président d’Alès Agglomération, explorent quelques pistes de réflexion et mettent en lumière les premières réponses apportées à la crise, principalement sanitaire, de ces derniers mois par la collectivité et ses partenaires.

Après huit mois d’une crise sanitaire où pointe l’espoir d’une fin progressive, des enjeux territoriaux nouveaux sont apparus dans toutes les strates de la société. Comment s’organiser face aux risques économique, social et sanitaire que représentent ces crises  ? Pour les experts, l’anticipation et l’approche multirisque rendent les organisations publiques et privées plus fortes, plus résilientes. Décryptage.

Résilience : les organisations doivent apprendre à s’adapter

« Ce virus expose nos organisations à des dysfonctionnements sociétaux et environnementaux à l’origine de crises majeures d’un nouveau genre. Les collectivités territoriales et leurs services publics doivent dès lors repenser le territoire, intégrer de nouvelles réflexions afin d’adapter une gestion anticipée des différents scenarii auxquels ils peuvent être confrontés », indique Hoilid Lamssalak, dirigeant de RisCrises. Sur Alès Agglomération, jamais la cellule de crise d’Alès Agglomération n’avait été aussi longtemps activée.
«  Nous étions habitués aux événements climatiques, généralement violents mais très brefs. Cette crise nous touche dans la durée. Elle est usante pour la population et les entreprises comme pour les agents territoriaux », résume en substance Christophe Rivenq.

Les chiffres

  • 55 jours : confinement 1
  • 47 jours : confinement 2 (selon prévision de l’Élysée)
  • 100 M€/an : chiffre d’affaires du commerce de centre-ville d’Alès
  • 20 M€ : perte de chiffre d’affaires pour les commerçants alésiens
  • 1 plate-forme e-commerce pour les commerçants
  • 2,3 M€ d’aides pour trois entreprises (plan de relance)
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RisCrises a créé un Questionnaire d’Aide au Retour d’EXpérience (Qarex) afin de vous aider dans la réflexion sur vos pratiques professionnelles ainsi que celles de votre structure durant le confinement. L’objectif est de mettre au jour les solutions de continuité d’activité et de les pérenniser. Ce formulaire s’adresse autant au personnel des collectivités territoriales, des établissements de santé et d’éducation, qu’aux équipes de secours ou aux structures du secteur privé. Totalement gratuit, il sera en ligne jusqu’au 17 janvier 2021.

Qarex © RisCrises

En matière de gestion des risques, les acteurs du territoire, et principalement les institutions, doivent donc répondre à de nouveaux enjeux territoriaux à travers lesquels s’entrecroisent des problématiques économique, sanitaire et sociale.

« Ces évènements soulèvent la question de la résilience des infrastructures publiques ou privées, dans un contexte où les autres risques (naturels et technologiques) ne sont pas contraints par le confinement comme l’épisode cévenol des 19 et 20 septembre », développe Hoilid Lamssalak.
« Nous avons su répondre à cet événement par une formidable coopération entre les services de l’Agglo et les communes car nous avons l’expérience de ce type d’aléas. Aujourd’hui, la crise de Covid-19 nous oblige à amorcer des actions nouvelles tant d’un point de vue public que privé », relève Christophe Rivenq.
Ainsi dès le printemps, la Ville d’Alès a mis en place la plateforme de e-commerce AlèsOfCourses, pour soutenir les commerces du centre-ville d’Alès, durement touchés par le premier confinement, puis par le deuxième. Avec un chiffre d’affaires à 100 M€/an pour le commerce de proximité alésien, la perte estimée en 2020 frôle les 20 M€.
En novembre, face à la nouvelle vague de restrictions, Max Roustan, maire d’Alès, a fait entendre la voix des élus alésiens et celles des commerçants à travers un courrier envoyé à Matignon demandant la réouverture des commerces dits non essentiels.

Au soir du 24 novembre, Emmanuel Macron annonce la réouverture de tous les commerces le 28 novembre et l’amorce d’un déconfinement progressif.

Économie : entre initiatives locales et plan de relance national​

Dans le marasme ambiant, les bonnes nouvelles et les initiatives locales de soutien à l’économie apparaissent dès lors comme une bouffée d’oxygène bienvenue. L’agence de développement économique Alès Myriapolis a été sur le pont durant toute la crise aux côtés des entreprises. Sur Alès Agglomération, deux évènements majeurs sont à retenir.

Commerce de proximité

Au mois d’avril, la Ville d’Alès a créé, avec l’appui technique de la société Agarta installée sur le campus numérique Digit’Alès, AlèsOfCourses.fr, une plate-forme de e-commerce pour soutenir les commerçants du centre-ville, proposant plusieurs modes de livraison dont le très à la mode “Click and Collect”.
« À ce jour, 158 commerçants sont actifs sur le site. 50 % d’entre eux ont créé leur boutique virtuelle et proposent donc de découvrir leurs produits à la vente. Les autres ont conservé le système des bons d’achat solidaires ou proposent des cartes-cadeaux », indique Charlotte Éloy, manager du centre-ville.
Désormais, plus de 1 000 produits de commerçants alésiens sont à votre disposition 24h/24 et l’offre, grâce au marché de Noël virtuel, devrait encore s’approfondir.

Industrie et PME

Le 6 novembre, lors d’une visioconférence avec les élus alésiens, Didier Lauga, préfet du Gard, annonce que trois projets industriels parmi sept en Occitanie ont été lauréats du programme “Territoires d’industrie”. Dans le cadre du plan de relance, annoncé le 3 septembre dernier par le Gouvernement, ErgoSanté,SDTech et les Transports Capelle obtiennent une aide de 2,3 M€ pour plus de 4,5 M€ d’investissements sur le territoire et la création, d’ici trois ans, de 70 emplois.

Continuité d’activité :

Les services à la population assurés

Lors de la crise, RisCrises a accompagné les collectivités pour la mise en place des recommandations gouvernementales et des bonnes pratiques que les collectivités ne connaissaient pas. « Les organisations publiques et privées se sont retrouvées face à l’inconnu et à une problématique : comment garder les services publics ouverts, sans devoir être responsables de la propagation du virus », décrypte Hoilid Lamssalak. Parmi les outils réglementaires et opérationnels, les Plans de Continuité d’Activités (PCA) côtoient depuis quelques années les plus connus Plans Communaux de Sauvegardes (PCS). « La collectivité a été très réactive. Mais il est compliqué de se positionner face à des informations parfois contradictoires d’une semaine sur l’autre ou qui arrivent au dernier moment. Dans ce contexte, les agents territoriaux ont su montrer un réel engagement envers le territoire depuis le mois de mars », analyse Christophe Rivenq.

> Portraits d’agents. Découvrez quelques agents de la collectivité à travers un portrait dressé en plein cœur de la crise, en avril 2020.

Photo d’archives (18 mars 2020)

Reseda :

la crise sanitaire a renforcé les réseaux Santé d’Alès Agglo

D’autres organismes sont concernés par la crise sanitaire, et au premier plan, les professionnels de santé et les associations partenaires. Sur le bassin alésien, Reseda coordonne avec le service Santé d’Alès Agglo, pas moins de douze réseaux dont le maintien d’activité est essentiel pour la population. « Le cœur de métier de l’association Reseda est de créer une dynamique partenariale entre les différents réseaux de santé du territoire afin de répondre au besoin des professionnels et éviter les ruptures de parcours des patients », explique Adeline Philippe, directrice de Reseda. Car durant la crise sanitaire, le suivi des personnes souffrant de pathologies chroniques doit se poursuivre avec la même exigence qu’en temps normal. Et en matière d’addictologie, d’obésité infantile ou de santé mentale, comme chez les seniors ou pour les soins palliatifs, la perte de lien, due au confinement et à l’arrêt des consultations, peut amener les situations à se dégrader. « Chaque réseau a su s’adapter de manière très efficace, car nous avons tissé des liens et créé des habitudes de travail qui ont permis notamment une continuité des soins dans tous les secteurs », appuie Adeline Philippe. Une gestion de crise qui a tout de même obligé les organisations associatives, professionnelles et institutionnelles à réinventer leur fonctionnement.
La gestion de cette crise a été compliquée car toutes les organisations ont fait face à une crise sanitaire, un genre d’aléas que la France avait oublié, estiment de nombreux experts en prévention des risques.

Paradoxe : un monde moderne toujours plus vulnérable

RisCrises est une société fondée il y a seulement six ans, lauréate du concours d’idées Alès Audace en 2018 pour un projet de plan de sauvegarde connecté. « Notre métier est assez récent car nos sociétés sont paradoxalement de plus en plus vulnérables. Nous avons en effet toujours plus de dépendance à toutes sortes de réseaux, de fluides, de compétences humaines et virtuelles qui, en perdant l’une ou l’autre ou plusieurs à la fois, peuvent handicaper une organisation et créer des défaillances », avance Hoilid Lamssalak qui préconise à ses clients publics et privés une approche multirisque afin de se préparer ou d’éviter l’effet domino : un danger entraînant un autre danger et ainsi de suite.

D’où l’intérêt enfin d’avoir une approche également par les conséquences d’une crise ou d’un risque et non par l’aléa en lui-même. « Se préparer à l’indisponibilité des moyens d’une organisation, qu’ils soient humains ou techniques, technologiques ou autres, est le meilleur outil pour anticiper la résilience et la rendre effective au moment de la sortie de crise », conclut Hoilid Lamssalak.

S’il est difficile de connaître la date exacte de sortie de la crise sanitaire que nous traversons, Alès Agglomération est prête au rebond nécessaire : les initiatives locales déjà engagées et les projets industriels porteurs de croissance comme de créations d’emplois devraient amener le territoire vers des jours meilleurs dès le début de l’année 2021.

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